SCAF : Paris veut éviter un conflit entre industriels et sécuriser le calendrier

Face aux tensions persistantes entre industriels français, allemands et espagnols, la France réaffirme sa volonté d’aboutir sur le Système de combat aérien du futur (SCAF). Pour Catherine Vautrin, ministre des Armées, l’enjeu dépasse les différends industriels : il s’agit d’éviter toute rupture capacitaire et de préparer l’armée de 2040-2050.

La maquette du Scaf dévoilée lors du salon aéronautique du Bourget en 2025.

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Relancé politiquement par Emmanuel Macron, le Système de combat aérien du futur (SCAF) reste un marqueur stratégique majeur de la coopération franco-allemande. Conçu à l’origine par Angela Merkel et le président français comme un programme structurant pour la défense européenne, il ne se limite pas à un avion de nouvelle génération. Un sujet brulant abordé avec Catherine Vautrin, ministre des Armées le 10 février lors d’une rencontre avec les journalistes de l’AJD (Associations des journalistes de défense).

« Ce n’est pas seulement un porteur. C’est un ensemble : un avion, des effecteurs et un cloud de combat », a rappelé Catherine Vautrin. Pourtant, c’est bien sur le futur appareil que se concentrent les crispations.

Partage des tâches, accès aux données et gouvernance

Les discussions portent d’abord sur les caractéristiques du futur avion : sa taille, ses performances, sa capacité éventuelle à être navalisé sachant que la France est le seul partenaire du programme à disposer d’un porte-avions. Mais le véritable point de tension est industriel.

Le premier pilier du programme oppose Dassault Aviation, détenteur d’un savoir-faire stratégique en matière d’avions de combat, à Airbus Defence & Space, présent en Allemagne et en Espagne. En toile de fond : le partage des tâches, l’accès aux données sensibles et la gouvernance du programme.

Interrogée sur un « conflit » déclenché par la demande de Dassault de revoir le protocole de répartition industrielle, la ministre refuse le terme. « Nous sommes dans des discussions entre industriels, pas dans un conflit », insiste-t-elle.

L’arrivée de l’Espagne a complexifié une architecture initialement pensée pour deux partenaires. « Ce qui avait été conçu pour deux pays a évolué avec l’intégration d’un troisième. Aujourd’hui, vous discutez avec Dassault, Airbus Allemagne et Airbus Espagne. » Une configuration qui rend les équilibres plus délicats.

« La pire des choses… »

Paris se garde toutefois de désigner un responsable. « La pire des choses serait des invectives publiques entre industriels », prévient Catherine Vautrin, plaidant pour une reprise méthodique des discussions, notamment sur la question clé de l’architecture et du rôle d’architecte industriel du pilier aviation.

Si le pilier « avion » cristallise les tensions, d’autres volets avancent, notamment le cloud de combat. Pour la France, les enseignements des conflits récents sont sans ambiguïté : la supériorité militaire reposera sur l’interconnexion des plateformes et la maîtrise de la donnée.

« Nous avons un besoin impératif de ce cloud si nous voulons conserver une avance », souligne la ministre. Emmanuel Macron doit prochainement aborder le sujet avec le chancelier allemand, dans un contexte européen marqué par le réarmement général.

SCAF et MGCS : éviter la rupture capacitaire

Au-delà du SCAF, Paris lie étroitement le dossier à celui du MGCS, futur char franco-allemand destiné à remplacer les Leclerc et les Leopard.

L’échéance est claire : les Leclerc atteindront leur limite de service d’ici une décennie. « Nous ne pouvons pas nous permettre une rupture capacitaire », martèle Catherine Vautrin. Le même impératif vaut pour l’aviation de combat.

Derrière les débats techniques — évolution du Rafale au standard F5 ou véritable appareil de sixième génération — se dessine une question stratégique : quelle armée pour 2040 ? Et sur quels systèmes travailler pour 2050 ?

Pour Paris, la réponse impose deux exigences : clarifier rapidement l’architecture industrielle et tenir des délais compatibles avec les besoins opérationnels. À défaut, c’est la crédibilité même de l’autonomie stratégique européenne qui serait en jeu.