Helsing, la licorne de l’IA militaire qui se heurte au mur français

En décembre 2024, la rencontre tourne court. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, reçoit Antoine de Braquilanges, patron du bureau français d’Helsing. La start-up allemande, fondée en 2021, propose d’intégrer ses briques d’intelligence artificielle au Rafale. L’échange ne convainc pas. Depuis, selon une enquête publiée dans L’Express, la porte est restée close.

Helsing n’est pourtant pas une inconnue. Installée à Paris au printemps 2022, au lendemain de l’invasion de l’Ukraine, l’entreprise s’est hissée en quelques années au rang de licorne européenne. Soutenue par Daniel Ek (Spotify), forte de talents venus de Palantir, d’OpenAI, d’Airbus ou de l’Otan, elle promet une IA militaire « 100 % européenne », au service de l’autonomie stratégique. Au salon du Bourget 2025, elle frappe fort : 600 millions d’euros levés, valorisation portée à 12 milliards. En Allemagne, elle décroche un contrat de plus de 250 millions d’euros pour des drones d’attaque. Sur le papier, tout sourit.

En France, le tableau est plus contrasté. Selon l’enquête de L’Express, le discours disruptif d’Helsing et ses démarches directes auprès de l’Élysée ont agacé un écosystème réputé conservateur. L’accès aux données militaires, clé pour entraîner ses algorithmes, s’est révélé plus que laborieux : clairement impossible. Le recrutement de profils issus de la DGA a aussi crispé. Face aux difficultés, l’entreprise a tenté un pivot vers les munitions téléopérées. Sans succès notable. Prix jugés élevés, concurrence d’industriels solidement installés, soupçons liés à son ADN allemand : les obstacles s’accumulent.

Dans le même temps, Thales et Dassault accélèrent dans l’IA souveraine, multipliant alliances et investissements. « À l’heure où le SCAF est mort, Dassault a trouvé son Helsing français », confie à L’Express un ancien cadre de la DGA. Pour la licorne allemande, l’équation est désormais claire : réussir à s’ancrer dans un marché stratégique, mais jalousement protégé — ou accepter de rester, en France, un acteur périphérique d’une révolution qu’elle ambitionnait de mener.