Espionnage, cyber, drones : une guerre invisible cible la défense française
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Intrusions physiques, cyberattaques, tentatives de captation de technologies, survols de drones, manipulations informationnelles… Dans son dernier panorama des ingérences visant la sphère défense, la DRSD dresse un constat préoccupant : la base industrielle et technologique de défense française fait face à une pression croissante dans un contexte de compétition stratégique mondiale. Derrière les tensions géopolitiques, c’est une guerre discrète mais permanente qui se joue contre les industriels français.
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L’ennemi n’avance pas toujours en uniforme. Il peut prendre la forme d’un investisseur étranger, d’un stagiaire trop curieux, d’un drone de loisir survolant discrètement un site sensible ou d’un simple courriel piégé. Dans son nouveau rapport consacré aux ingérences contre la sphère défense, la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) alerte sur l’intensification des menaces visant les entreprises stratégiques françaises.
Le document décrit une pression multiforme qui touche désormais l’ensemble de la base industrielle et technologique de défense (BITD), des grands groupes aux PME innovantes. Dans un contexte international marqué par la guerre en Ukraine, les tensions au Proche-Orient et la compétition technologique mondiale, les acteurs français de la défense sont devenus des cibles prioritaires.
Une explosion des atteintes physiques
Parmi les évolutions les plus marquantes figure la hausse des intrusions physiques et des tentatives d’approche directe. En 2025, ces atteintes représentent près d’un quart des signalements traités par la DRSD, contre 18 % les années précédentes.
Les services de contre-ingérence observent notamment une augmentation des survols de drones au-dessus des sites sensibles. Un phénomène déjà identifié depuis plusieurs années mais qui prend désormais une nouvelle ampleur avec la démocratisation des drones équipés d’optiques performantes ou de capacités de captation électronique.
Les secteurs aéronautique, spatial, naval ou encore cyber demeurent particulièrement visés. Les technologies duales, civiles et militaires, suscitent aussi un intérêt croissant de la part des compétiteurs stratégiques étrangers.
Le rapport souligne également le recours de plus en plus décomplexé à des stratégies d’ingérence économique : prises de participation, tentatives de captation de savoir-faire, partenariats universitaires sensibles, recrutements ciblés d’ingénieurs ou exploitation du droit comme arme stratégique. La DRSD évoque notamment la montée du « lawfare », l’usage offensif des outils juridiques pour fragiliser des acteurs industriels français.
Cette guerre discrète se joue aussi dans le cyberespace. Les attaques informatiques gagnent en sophistication et visent autant le renseignement économique que le sabotage ou l’exfiltration de données sensibles. Les PME sous-traitantes, souvent moins protégées, constituent des points d’entrée privilégiés.
La menace intérieure, angle mort des entreprises
Autre enseignement du rapport : la menace ne vient pas uniquement de l’extérieur. Les vulnérabilités internes restent majeures. Prestataires, intérimaires, sous-traitants ou personnels insuffisamment sensibilisés représentent autant de failles potentielles.
La DRSD insiste sur la nécessité d’une culture de sécurité plus robuste au sein des entreprises. Beaucoup restent insuffisamment préparées aux logiques d’ingérence modernes, où l’espionnage industriel se mêle désormais à la cybercriminalité, à la manipulation informationnelle et à la guerre économique.
Face à cette montée des risques, les services français cherchent à renforcer leur coopération avec les industriels. Car l’enjeu dépasse largement la seule protection des secrets militaires. Il s’agit désormais de préserver la souveraineté technologique française dans des domaines clés : intelligence artificielle, spatial, quantique, électronique, propulsion ou encore drones.
Le rapport de la DRSD révèle ainsi une réalité souvent méconnue : la guerre hybride ne se déroule pas seulement sur les champs de bataille. Elle se joue aussi dans les laboratoires, les bureaux d’études, les chaînes d’approvisionnement et les réseaux informatiques des entreprises françaises. Une conflictualité silencieuse, mais devenue permanente.