Actualisation de la LPM : le Sénat juge l’effort insuffisant pour éviter le décrochage
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Face à la guerre en Ukraine et au retour des conflits de haute intensité, la France revoit sa copie. Dans un rapport présenté par le sénateur LR Cédric Perrin, la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat salue les 36 milliards d’euros supplémentaires, mais estime que cette trajectoire budgétaire ne permettra pas de combler les fragilités accumulées depuis plusieurs décennies .
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Face à la guerre en Ukraine et au retour des conflits de haute intensité, la France revoit sa copie budgétaire. Dans un rapport présenté par le sénateur LR Cédric Perrin, président et rapporteur de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, les parlementaires détaillent l’utilisation des 36 milliards d’euros supplémentaires prévus dans l’actualisation de la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030. Munitions, drones, défense sol-air, guerre électronique et économie de guerre figurent parmi les priorités. Mais pour le Sénat, cet effort reste insuffisant pour empêcher un « décrochage » capacitaire des armées françaises.
L’actualisation de la LPM prévoit 36 milliards d’euros de crédits supplémentaires entre 2026 et 2030, portant l’effort global de défense à près de 449 milliards d’euros sur la période. Le budget annuel des armées doit passer de 50,5 milliards d’euros en 2025 à plus de 76 milliards en 2030.
Pour autant, Cédric Perrin estime que cette trajectoire budgétaire ne permettra pas à elle seule de combler les fragilités accumulées depuis plusieurs décennies. Dans son rapport, le sénateur évoque un « effort réel mais insuffisant », estimant qu’une part importante des nouveaux crédits sera absorbée par l’inflation, la hausse des coûts industriels et le maintien en condition des capacités existantes.
Une armée confrontée au retour de la masse
Le rapport souligne que la guerre en Ukraine a profondément changé les référentiels militaires européens. Les conflits de haute intensité imposent désormais des besoins massifs en munitions, drones, systèmes de défense aérienne et capacités de production industrielle.
Une partie importante des crédits supplémentaires sera ainsi dirigée vers les stocks de munitions, avec un effort évalué à environ 8,5 milliards d’euros. Missiles Aster, Mistral, SCALP, MICA, MdCN ou Meteor doivent voir leurs volumes augmenter afin de permettre aux forces françaises de soutenir un engagement prolongé.
Mais là encore, le Sénat estime que les volumes restent limités au regard des standards observés en Ukraine. Le rapport pointe notamment des stocks encore insuffisants pour tenir dans la durée face à un conflit majeur.
L’un des axes majeurs de l’actualisation concerne les drones et les munitions téléopérées. La France veut désormais passer d’une logique de stock à une logique de flux, fondée sur la capacité à produire rapidement et massivement.
Cette stratégie repose sur plusieurs leviers : simplification des cahiers des charges, standardisation des composants, recours à des industriels civils et multiplication des fournisseurs afin d’éviter les goulets d’étranglement.
Le ministère des Armées mise également sur une approche plus agile, inspirée du modèle ukrainien, avec des cycles de développement raccourcis et des achats accélérés. La Direction générale de l’armement (DGA) développe ainsi de nouveaux mécanismes de contractualisation permettant de commander certains équipements en quelques jours seulement.
Le rapport souligne toutefois que cette transformation industrielle reste encore incomplète. Pour Cédric Perrin, les capacités de production françaises demeurent limitées face à la montée en cadence observée chez plusieurs puissances étrangères.
Des capacités critiques toujours sous tension
Au-delà des drones, l’actualisation de la LPM vise à renforcer plusieurs secteurs jugés critiques : défense sol-air, guerre électronique, spatial militaire, renseignement, lutte anti-drones et frappes longue portée.
Les armées françaises doivent également accélérer la modernisation du programme Scorpion avec les véhicules Griffon, Jaguar et Serval, tout en préparant les futurs systèmes de combat collaboratif mêlant chars, robots terrestres et intelligence artificielle.
Mais le Sénat relève plusieurs vulnérabilités persistantes : dépendance à certaines chaînes d’approvisionnement, insuffisance des capacités industrielles européennes, tensions sur les sous-traitants et difficultés de recrutement dans la base industrielle et technologique de défense.
Le rapport insiste notamment sur le fait que les sous-traitants représentent parfois jusqu’à 70 % de la valeur industrielle d’un programme d’armement. Or, ce tissu industriel intermédiaire reste encore fragile malgré les investissements engagés depuis 2022.
Pour Cédric Perrin, l’enjeu principal de cette actualisation est finalement moins de transformer radicalement les armées françaises que d’éviter leur affaiblissement relatif.
Le sénateur estime que la France reste confrontée à un effet de ciseau : les besoins opérationnels explosent alors que les coûts des équipements augmentent fortement. Une part croissante des nouveaux crédits sert donc à préserver les capacités existantes plutôt qu’à accroître significativement les formats militaires.
Le rapport souligne également que plusieurs grands programmes structurants — défense aérienne, artillerie longue portée, spatial ou futur char MGCS — ne produiront leurs effets qu’à long terme, parfois au-delà de 2040.
Dans ce contexte, le Sénat appelle à poursuivre l’effort budgétaire au-delà de la trajectoire actuelle afin d’éviter un décrochage stratégique de la France face au réarmement accéléré observé en Europe, en Russie ou en Asie.