Grâce à cet exosquelette, un blessé pourra s’évacuer lui-même

Mis au point par la recherche médicale de l’armée américaine, l’exosquelette IBEX permet à un soldat souffrant d’une fracture ou d’une blessure grave à la jambe de se déplacer seul jusqu’à une zone sûre. Léger, compact et conçu pour les combats de haute intensité, ce système pourrait réduire les risques pour les unités tout en améliorant la survie des blessés.

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Sur le champ de bataille moderne, évacuer un blessé constitue souvent une mission aussi dangereuse que le combat lui-même. Une simple fracture du tibia ou une grave entorse de la cheville peut immobiliser un militaire et mobiliser plusieurs camarades pour le transporter sous le feu ennemi. Ceux qui ont vécu cette situation savent qu’elle est hautement risquée.

Pour répondre à ce défi, le Commandement de la recherche et du développement médical de l’armée américaine développe depuis plusieurs années un système inédit : l’Intrepid Battlefield EXoskeleton (IBEX). Cet exosquelette de terrain vise à permettre à des soldats souffrant de blessures aux membres inférieurs de se déplacer de manière autonome, même lorsque les moyens d’évacuation classiques sont indisponibles.

L’objectif est double : améliorer les chances de survie du blessé tout en évitant de détourner plusieurs combattants de leur mission.

Mieux qu’une civière ?

L’une des principales innovations d’IBEX réside dans sa simplicité. Le système ne pèse qu’environ trois kilogrammes et se replie dans un volume comparable à celui d’une bouteille d’eau d’un litre.

Une fois déployé, il se compose notamment d’un harnais de hanche, d’une attelle de genou, d’un support de cuisse, d’un système de maintien de la jambe fracturée et d’une botte de marche spécifique.

L’ensemble supporte le poids du combattant tout en isolant le membre blessé des contraintes mécaniques. La pression exercée sur les tissus, les nerfs et les vaisseaux sanguins est ainsi réduite, limitant la douleur et les risques d’aggravation de la blessure.

Contrairement à une évacuation sur civière, qui nécessite généralement entre deux et quatre militaires ainsi qu’une équipe de protection, le blessé peut se déplacer seul vers un point de regroupement ou une zone sécurisée.

Le développement d’IBEX s’inscrit dans l’évolution des conflits contemporains. En Ukraine comme sur d’autres théâtres récents, les drones de surveillance et les munitions rôdeuses rendent particulièrement vulnérables les groupes de soldats qui se déplacent à découvert.

Selon le Dr Lee Childers, scientifique principal au sein du Centre d’excellence pour les traumatismes et amputations des extrémités de l’armée américaine, les fractures du tibia, les lésions du genou et les blessures du pied figurent parmi les traumatismes les plus fréquents sur le champ de bataille.

« L’IBEX permet de prendre en charge davantage de blessés légers, ce qui signifie que plus de combattants peuvent continuer à combattre tout en réduisant la cible potentielle des drones ennemis », explique-t-il.

L’exosquelette a également été conçu pour permettre à son utilisateur de conserver certaines capacités tactiques, notamment la possibilité de se coucher en position de tir puis de se relever.

Autre avantage du système : sa mobilité. Là où une civière devient difficile à transporter dans une forêt dense, un environnement montagneux ou un terrain accidenté, IBEX accompagne directement le blessé.

Les concepteurs ont également anticipé les nouvelles méthodes logistiques utilisées par les armées modernes. Le système peut être livré directement sur le terrain par drone. Lors des essais, il a même résisté à une chute de près de 120 mètres après largage depuis un drone cargo.

Cette capacité ouvre des perspectives intéressantes pour les opérations menées dans des zones isolées ou fortement contestées, où l’évacuation médicale peut être retardée pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours.

Des milliers de blessés potentiellement concernés

Les besoins sont loin d’être anecdotiques. Selon une étude publiée par la Bibliothèque nationale de médecine américaine, plus de 22 000 blessures non amputantes aux membres inférieurs ont été recensées parmi les militaires déployés entre 2001 et 2018.

Parmi elles figurent plus de 3 500 blessures au genou, près de 9 000 à la jambe ou à la cheville et environ 3 000 au pied. Plus des deux tiers de ces traumatismes correspondaient à des fractures ou à des plaies ouvertes.

Autant de blessures qui n’étaient généralement pas mortelles mais qui rendaient les soldats vulnérables et mobilisaient d’importantes ressources pour leur évacuation.

Lancé en 2020, le programme IBEX en est aujourd’hui à sa cinquième génération de prototype. Chaque nouvelle version est plus légère, plus compacte et plus performante que la précédente.

Le système a déjà été testé avec succès par l’armée de terre, la marine et le corps des Marines américains. Une licence industrielle a été accordée à un partenaire commercial afin de préparer sa future production.

Une nouvelle campagne d’essais est prévue l’an prochain sur les terrains d’entraînement du Brooke Army Medical Center, au Texas. Si les résultats se confirment, IBEX pourrait rapidement devenir un équipement standard des unités américaines déployées en première ligne.

Au-delà de l’innovation technologique, l’exosquelette illustre surtout une nouvelle approche du soutien médical au combat: permettre aux blessés de rester mobiles le plus longtemps possible afin de préserver le potentiel opérationnel des unités engagées. Dans les conflits de haute intensité, où chaque combattant compte, cette capacité pourrait devenir un avantage tactique à part entière.