Tout le monde a un avis sur l’intelligence économique (IE) mais personne – ou presque, ne sait de quoi elle relève. C’est ce qui ressort notamment de la restitution des travaux de cinq commissions ayant travaillé six mois sur l’IE de Défense, qui ont restitué une partie de leurs préconisations le 9 avril dernier, à Paris.
Le constat est cruel mais implacable : les Français ont une (très) faible culture de l’intelligence économique, ne savent pas la partager et ne sont pas soutenus par les organisations étatiques ou sur le terrain. « Chacun travaille ‘dans son couloir de nage’ », relève Henri-Jacques Citroën, président de la commission sur l’IE territoriale. Sa commission propose cette définition : « C’est la recherche légale de renseignements privilégiés qui permettent aux entreprises de connaître le dessous des cartes dans une situation donnée, dans une affaire, dans un appel d’offre, et cetera ». Et d’illustrer ainsi son propos : « Lors d’un grand rassemblement annuel des entreprises bretonnes, un des participants que j’interrogeais sur sa façon de faire pour s’implanter dans un pays étranger, m’explique : c’est très simple, je demande où se trouve la crêperie où se réunissent les Bretons expatriés et là, ils m’apprennent tout ce dont j’ai besoin ».
Master en université = garantie de formation
Plus prosaïquement, pour combler cette lacune, Christine Degoin-Clément (présidente de la commission Influence) prône la création d’une discipline académique, exclusivement dédiée à l’IE. Intégrée à la filière des sciences de la gestion, cette formation ouverte à tous (étudiants comme salariés ou patrons) prendrait la forme d’un master 2 en université. « Cela permet d’avoir un contrôle sur la pédagogie, sur l’enseignement, de délivrer un diplôme reconnu par l’État, délivrant les fondamentaux de ce qu’est l’IE », détaille Christine Degoin-Clément. Et surtout, cela éviterait des déviances potentielles avec de « pseudo-écoles ».
Autre préconisation : la création d’une boite à outils, disponible sur une plate-forme dédiée, pour permettre au monde de l’entreprise française d’acquérir les meilleurs reflexes possibles en cas d’attaque informationnelle ou réputationnelle. Ces dernières représentent 6% des atteintes visant les entreprises de la défense française, selon le panorama des ingérences contre le secteur de la Défense, publié en juillet 2025 par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). « Pour celles qui sont référencées », nuance Christine Dugoin-Clément.
La majeure partie des préconisations des rapporteurs a été classée « secret » par la DGA, frustrant bon nombre de personnes venues à la restitution des travaux. Ces dernières attendent de pied ferme les initiatives de la Direction de l’Industrie de défense de la DGA.