Armin Papperger (PDG de Rheinmetall): « Nous allons devenir un acteur incontournable sur terre, en mer, dans les airs et dans l’espace »

Le géant allemand de la défense étoffe son portefeuille stratégique en annonçant l’acquisition de la division militaire du groupe Lürssen. Une opération qui ancre Rheinmetall dans la construction navale militaire, au cœur du réarmement accéléré de l’Allemagne.

Rheinmetall se lance dans la construction navale avec le rachat de Naval Vessels Lürssen

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Le groupe allemand Rheinmetall, spécialiste de l’armement terrestre, a annoncé le 15 septembre avoir conclu un accord pour acquérir Naval Vessels Lürssen (NVL), la division défense du chantier naval Lürssen. Cette opération stratégique, attendue début 2026, marque une étape majeure dans la montée en puissance industrielle du groupe, qui entend devenir un fournisseur global de systèmes de défense multisectoriels en Europe.

« Nous allons devenir un acteur incontournable sur terre, en mer, dans les airs et dans l’espace », promet Armin Papperger, PDG de Rheinmetall AG, dans un communiqué.

Naval Vessels Lürssen, avec ses quatre chantiers navals en Allemagne et 2 100 salariés, a réalisé environ un milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2024, principalement grâce à des navires militaires technologiquement avancés pour plusieurs marines étrangères. Cette acquisition permet à Rheinmetall d’étendre sa base industrielle stratégique dans le nord du pays, en complémentarité avec ses activités en blindés, munitions, capteurs et systèmes d’armes.

L’opération intervient dans un contexte géopolitique marqué par la guerre en Ukraine et un tournant stratégique allemand vers un réarmement massif. Depuis 2022, Berlin réinvestit lourdement dans sa défense nationale, rompant avec des années de sous-investissement lié à la dépendance vis-à-vis du parapluie américain. Rheinmetall a ainsi multiplié ses investissements, notamment avec l’ouverture prochaine de la plus grande usine de munitions d’Europe à Unterlüss.

Consolider l’industrie de la défense

Cette acquisition s’inscrit dans la recomposition des capacités industrielles européennes face à un contexte sécuritaire en forte évolution. La montée des tensions avec la Russie, les défis liés à la présence accrue de la Chine dans les zones maritimes stratégiques et la volonté européenne d’autonomie stratégique militent pour une consolidation des acteurs de la défense continentale.

En intégrant NVL, Rheinmetall franchit une nouvelle étape en s’affirmant comme un acteur clé capable d’offrir des solutions navales intégrées, vectrices de souveraineté industrielle.

« Avec cette acquisition, nous favorisons la consolidation de l’industrie de la défense en Allemagne et en Europe », explique Armin Papperger.

Ce virage naval élargit la portée géopolitique du groupe, lui permettant d’influer sur des programmes européens stratégiques, tels que les frégates de nouvelle génération ou les drones de surface, essentiels à la maîtrise des espaces maritimes.

De plus, l’opération reflète la volonté de l’Allemagne de renforcer son rôle dans l’OTAN et sur la scène internationale en consolidant une industrie de défense robuste et polyvalente. Rheinmetall, désormais positionné sur terre, mer, air et espace, incarne cette ambition de « systèmes multi-domaines », apte à répondre aux crises complexes du XXIe siècle en combinant capacités de surveillance, plateformes et effecteurs.

Cette dynamique s’inscrit aussi dans une double logique économique et stratégique : réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers, sécuriser les chaînes d’approvisionnement critiques, et générer des synergies industrielles entre activités terrestres et navales. Par son poids industriel accru, Rheinmetall devrait peser sur les prochains débats européens en matière d’investissement en défense et de préparation opérationnelle.

Un nouveau paysage concurrentiel mondial

L’acquisition de NVL par Rheinmetall risque de bouleverser le paysage concurrentiel européen de la construction navale militaire, déjà fragilisé par la pression accrue des industriels asiatiques, russes ou américains.

Rheinmetall, en renforçant son champ d’action naval, crée un pôle industriel d’envergure capable d’offrir des solutions intégrées couvrant blindés terrestres, systèmes d’armes et plateformes navales. Cette intégration pourrait forcer ses concurrents européens à envisager leur propre consolidation ou alliances stratégiques pour atteindre une taille critique, essentielle face à des rivaux mieux armés sur les marchés internationaux.

« Avec cette acquisition, nous deviendrons bien plus qu’un simple producteur de plateformes flottantes. En tant que puissance navale intégrée, nous souhaitons proposer des solutions système complètes », prévoit Armin Papperger.

Le modèle de collaboration européenne initié par des co-entreprises telles que Naviris (Naval Group-Fincantieri) ou les rapprochements envisagés autour de TKMS en Allemagne illustre déjà cette nécessité. Le paysage pourrait voir émerger une nouvelle dynamique de coopération renforcée, ou à l’inverse, des tensions accrues dues à une concurrence interne exacerbée, freinant parfois l’innovation et la souveraineté collective.

Enfin, pour maintenir la pérennité de la construction navale européenne face aux géants asiatiques et américains, les États devront jouer un rôle central, favorisant les coopérations industrielles, sécurisant les financements publics et veillant à l’équilibre entre compétitivité économique et intérêts stratégiques.