Aéronautique de défense : le GIFAS face aux incertitudes du Moyen-Orient
- 3 minute(s)
Entre hausse des budgets militaires en Europe et tensions au Moyen-Orient, la filière aéronautique française avance sur une ligne de crête. Si les industriels réunis au GIFAS affichent une croissance solide, les risques logistiques et les recompositions géopolitiques pourraient rebattre les cartes du marché de la défense.
© photo
Réunis le 6 mai 2026 à Paris, les représentants du GIFAS ont dressé le bilan d’une année 2025 particulièrement dynamique pour la filière aéronautique et spatiale française. Avec un chiffre d’affaires de 85,6 milliards d’euros, en hausse de 12 %, l’industrie confirme son rôle de pilier économique et stratégique, portée à la fois par le civil… et par la défense.
Si cette dernière ne représente encore « que » 25 % de l’activité, sa croissance est désormais au cœur des perspectives du secteur, dans un contexte international marqué par le retour des conflits de haute intensité.
Une dynamique portée par la défense
La filière, qui regroupe 538 entreprises — dont plus d’une centaine de start-up — bénéficie d’un carnet de commandes solide, avec plus de 88 milliards d’euros enregistrés en 2025. Le ratio commandes sur chiffre d’affaires, supérieur à un, confirme une visibilité industrielle favorable.
Dans ce paysage, la défense apparaît comme un moteur structurant. La hausse attendue des budgets militaires européens — qui pourraient atteindre 3,5 % du PIB — ouvre des perspectives considérables pour les industriels français.
Surtout, un rééquilibrage stratégique semble à l’œuvre. « Les États-Unis ont, à certains égards, dépriorisé leurs alliés européens dans leurs livraisons », souligne Olivier Andriès, président du GIFAS et patron du groupe Safran. Une situation qui pourrait inciter plusieurs pays à se tourner davantage vers l’offre européenne.
Moyen-Orient : un « effet retard » est anticipé
Mais cette dynamique s’inscrit dans un environnement instable. Le conflit au Moyen-Orient n’a, à ce stade, pas eu d’impact direct sur les livraisons d’avions, selon les industriels, mais un « effet retard » est anticipé.
Les premières conséquences se font déjà sentir : hausse des coûts de transport, renchérissement des assurances, tensions sur certaines matières premières. Le principal point de vigilance reste le détroit d’Ormuz, dont une éventuelle perturbation pourrait affecter en profondeur les chaînes logistiques mondiales.
Pour une industrie fortement exportatrice — près de 70 % du chiffre d’affaires, soit environ 60 milliards d’euros —, ces fragilités constituent un risque réel.
Vers une « préférence européenne » ?
À ces tensions s’ajoute un facteur monétaire défavorable. La faiblesse du dollar face à l’euro pèse sur la compétitivité des industriels français, dont une grande partie des revenus est libellée en dollars, tandis que les coûts restent en euros. Un déséquilibre qui pourrait rogner les marges dans un contexte déjà marqué par l’inflation des intrants.
Face à ces défis, le GIFAS plaide pour une stratégie industrielle européenne plus affirmée, notamment dans le domaine de la défense. L’idée d’une « préférence européenne » gagne du terrain, dans un contexte où la souveraineté technologique redevient un impératif.
Car derrière les chiffres, c’est bien une recomposition du marché qui se profile. Entre tensions géopolitiques, compétition accrue et opportunités nouvelles, l’industrie aéronautique française avance dans une zone de turbulence maîtrisée.
Reste à savoir si elle saura transformer ces incertitudes en avantage stratégique durable.