Harmattan AI, la licorne éclair qui redéfinit l’autonomie militaire européenne
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En seulement 21 mois, la start-up française Harmattan AI a franchi le seuil symbolique de la licorne. Une série B de 200 millions de dollars menée par Dassault Aviation propulse sa valorisation à 1,4 milliard de dollars et consacre l’ascension fulgurante d’un nouvel acteur clé de la Défense Tech européenne, déjà engagé sur plusieurs théâtres d’opérations.
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Fondée en avril 2024 par Mouad M’Ghari et Martin de Gourcuff, Harmattan AI signe une trajectoire hors norme dans un secteur traditionnellement dominé par des acteurs installés. L’annonce, le 12 janvier, d’une levée de fonds de 200 millions de dollars marque un changement de dimension pour la jeune pousse, désormais valorisée à 1,4 milliard de dollars. Un record pour une entreprise française du secteur de la défense, tant par la rapidité que par l’ampleur de la montée en puissance.
Jusqu’à présent, Harmattan AI avait levé 42 millions de dollars auprès des fonds FirstMark (New York) et Atlantic Labs (Berlin). L’entrée de Dassault Aviation au capital constitue un tournant stratégique, ouvrant la voie à une intégration industrielle de grande ampleur et à une reconnaissance institutionnelle majeure.
Des contrats étatiques comme accélérateur de croissance
La trajectoire de Harmattan AI s’inscrit dans un contexte international favorable à l’essor de la Défense Tech européenne, porté par le retour des conflits de haute intensité et l’essor des systèmes autonomes. Mais sa valorisation repose avant tout sur des réalisations opérationnelles concrètes.
La start-up s’est vu attribuer plusieurs programmes par les ministères de la Défense français et britannique, portant sur la livraison de plusieurs milliers de systèmes robotiques autonomes. L’été 2025 marque un premier tournant avec une commande de 1 000 drones par la Direction générale de l’armement (DGA). En septembre, Londres passe commande de 3 000 systèmes supplémentaires, avant la signature d’un partenariat stratégique avec l’entreprise ukrainienne Skyeton, au plus près des réalités du combat.
Ces contrats positionnent désormais Harmattan AI sur une trajectoire de déploiement mondial, portée par une demande croissante pour des solutions autonomes capables d’opérer dans des environnements fortement dégradés.
Dassault Aviation, partenaire industriel et stratégique
L’arrivée de Dassault Aviation ne se limite pas à un investissement financier. Le constructeur du Rafale engage un partenariat technologique structurant avec Harmattan AI, centré sur le développement de fonctions d’intelligence artificielle embarquées pour les futurs systèmes de combat aérien.
La start-up contribuera notamment aux capacités d’IA du Rafale F5 et des drones de combat UCAS appelés à accompagner les chasseurs de sixième génération, en particulier pour le contrôle et la coordination des systèmes aériens inhabités. Cette collaboration s’inscrit dans une stratégie globale menée avec Thales et l’Agence ministérielle pour l’IA de défense, visant à intégrer une IA souveraine, maîtrisée et supervisée au cœur des systèmes d’armes français.
Pour Éric Trappier, président-directeur général de Dassault Aviation, ce partenariat répond à un choix industriel assumé :
« Dassault Aviation a toujours placé l’excellence technologique et la souveraineté au cœur de ses valeurs. Ce partenariat avec Harmattan AI illustre notre engagement à intégrer des solutions d’autonomie à forte valeur ajoutée dans la prochaine génération de systèmes de combat aérien. En unissant nos forces à une entreprise innovante et agile, nous renforçons notre capacité à fournir les solutions avancées requises par nos forces armées dans les décennies à venir. »
Des drones conçus pour l’autonomie en environnement contesté
La proposition de valeur d’Harmattan AI repose sur des drones pilotés par intelligence artificielle, capables d’opérer en autonomie complète, y compris en cas de brouillage ou de perte de communications. Trois gammes structurent aujourd’hui son offre.
Le drone de reconnaissance Sonora offre 40 minutes d’autonomie pour une portée de deux kilomètres. Sahara est spécialisé dans la détection d’équipements camouflés, tandis que Gobi est conçu pour l’interception rapide de drones adverses, en moins d’une minute. L’entreprise développe également des plateformes dédiées à l’ISR, à la lutte anti-drones et à la guerre électronique.
Passage à l’échelle et ambition mondiale
Les fonds levés serviront à étendre le déploiement de missions intégrant l’IA vers de nouveaux théâtres d’opérations, à élargir l’offre produits de Harmattan AI vers de nouveaux domaines capacitaires et à augmenter fortement ses capacités industrielles.
La start-up ambitionne d’atteindre une production de 10 000 drones par mois dès 2026. Un site pilote est déjà opérationnel à Paris, tandis qu’une seconde unité ouvrira en février à Orly (Val-de-Marne). Une trentaine de recrutements sont prévus pour accompagner cette montée en cadence.
En un temps record, Harmattan AI s’impose ainsi comme l’un des symboles les plus aboutis de la Défense Tech européenne : une startup civile devenue acteur industriel stratégique, désormais intégrée aux grands programmes de combat du futur.