Prométhée : la startup spatiale française qui rend l’observation de la Terre souveraine et en quasi temps réel

Prométhée : la startup spatiale française qui rend l’observation de la Terre souveraine et en quasi temps réel

À contre-courant des géants américains et chinois, Prométhée veut doter la France – et ses alliés – d’une capacité autonome de surveillance par satellite. Objectif : une image toutes les 40 minutes, des données souveraines, et une plateforme d’intelligence géospatiale alimentée par l’intelligence artificielle.

Une révolution pour changer l’équilibre du New Space européen. C’est la promesse de Prométhée Earth avec une constellation de petits satellites capable de fournir des images de la Terre toutes les 40 minutes, bien plus fréquemment que les systèmes actuels européens comme Copernicus (5 à 6 jours). À terme, 20 satellites de 50 à 60 kilos seront mis en orbite entre 2026 et 2027 pour couvrir à très haute fréquence les zones les plus stratégiques de la planète.

Dans un monde où les tensions géopolitiques se cristallisent autour des données, Prométhée défend une position claire : la souveraineté avant tout.

« Aujourd’hui, seuls les États-Unis et la Chine disposent de cette capacité de revisite ultra-rapide, et il leur a fallu cinq ans d’avance pour y parvenir. Il est temps pour l’Europe de ne plus dépendre des données étrangères », insiste Olivier Piepsz, PDG de la startup.

Un modèle disruptif, pensé pour le dual et l’export

Prométhée a conçu un modèle mixte : 30 % de ses services sont destinés au gouvernement français, 70 % visent l’industrie et l’export. La startup propose notamment aux pays partenaires – comme le Sénégal – de codévelopper leur propre constellation souveraine, avec transfert de savoir-faire et formation d’un écosystème local. « Ils peuvent ainsi utiliser notre technologie sans brader leur souveraineté », note le dirigeant.

Cette approche de « constellation-as-a-service » permet en effet aux États de disposer d’une autonomie complète sur leurs données. Ni Prométhée, ni même l’état français, n’y ont accès.

La force de cette innovation repose sur l’hyper-réactivité. Grâce à l’IA embarquée, les satellites peuvent détecter un changement, reconnaître une forme ou programmer une prise de vue directement à bord. Une première démonstration de communication interconstellation a déjà été réalisée avec Kinéis, autre fleuron français du spatial.

Au sol, une plateforme numérique transforme ces données brutes en informations exploitables. Elle intègre des moteurs sémantiques, croise les images avec des données ouvertes ou propriétaires, et offre des tableaux de bord accessibles à des non-spécialistes. Une vraie rupture dans l’usage de l’imagerie satellitaire, historiquement réservée à des experts.

Une réponse aux défis du climat, de la sécurité et de la défense

Les usages visés sont multiples : surveillance maritime, incendies, infrastructures critiques, pollution, déforestation, sécurisation des frontières, gestion de crises… Autant d’enjeux civils et militaires qui nécessitent des données fraîches, souveraines et traitées en quasi temps réel.

Pour cela, Prométhée s’appuie sur un réseau de plus de 60 industriels et centres de recherche français, dont Bertin, Safran, Airbus ou Sopra Steria. Le premier satellite prototype est déjà en orbite, et la levée de fonds en cours doit permettre d’accélérer le déploiement complet du système.

Prométhée veut incarner une souveraineté spatiale agile, duale et démocratisée, en rupture avec les modèles patrimoniaux du passé. L’enjeu ? Ne plus jamais dépendre d’images critiques fournies par d’autres puissances… et permettre à l’Europe de reprendre le contrôle de sa propre observation de la Terre.